Transfert d’eau du Bassin du Congo
La position du Centre de Recherche en Ressources en Eau du Bassin du Congo (CRREBaC) face aux élucubrations actuelles sur le transfert d’eau du Bassin du Congo - Par Prof. Raphael Tshimanga Muamba (PhD, MSc.  Hydrologie)01 Mars 2021

Chers Lecteurs 

Depuis un certain temps, nous assistons avec fascination aux interventions des Activistes, Politiciens et Scientifiques sur la problématique du transfert d’eau du Bassin du Congo, que certains n’hésitent pas à associer directement à la guerre de l’eau. Information et désinformation sont bel et bien au rendez-vous, au risque de désorienter la prise de décision de gestion durable des ressources en eau. 

A cet égard, le Centre de Recherche en Ressource en Eau du Bassin du Congo (CRREBaC), fort de son expertise sur les questions relatives à l’hydrologie, l’hydrodynamique et la gestion des ressources en eau du Bassin du Congo en général et celles de la RD Congo en particulier, tient à apporter sa modeste contribution pour éclairer l’opinion. 

Nous disons que cette contribution, nous l’avons fait valoir à plusieurs occasions dans des forums tant au niveau national qu’international. Au niveau national, nous retiendrons notre intervention de 2018 à la Présidence de la République, sur l’initiative de Mme Marie-France Mubenga alors Conseillère Principale en charge de l’environnement, où les Professeurs Albert Kabasele et Raphaël Tshimanga avaient éclairé les membres du Cabinet du Président, sur les défis du transfert d’eau du Bassin du Congo vers le Lac Tchad. Nous notons aussi nos multiples interventions au Conseil Economique et Social (CES), dont la dernière intervention du Professeur Raphaël Tshimanga date du 20 Octobre 2020 sur la stratégie de gestion des eaux du Bassin du Congo. 

Cette contribution est axée sur les cinq points ci-après : 

  • Du transfert d’eau du Bassin du Congo : Un problème réel de développement ou un cas de marchandage politique et géopolitique ? 

  • De la guerre de l’eau ou du paradoxe congolais de la gestion de l’eau : L’Etat congolais meneur de la guerre de l’eau à sa propre population ?

  • De la conservation de l’eau ou de l’ignorance caractéristique des principes de base de la gestion de l’eau ;

  • Du cadre de gestion des eaux transfrontalières et de collaboration ;

  • Apport du CRREBaC à la compréhension de la question du transfert d’eau du Bassin du Congo.

Téléchargeable en pdf 

Près de 4 décennies se sont écoulées depuis la première proposition sur le transfert d’eau du Bassin du Congo pour ravitailler le Lac Tchad. Les deux dernières décennies se sont caractérisées par une forte pression politique et scientifique sur les dirigeants des pays du Bassin du Congo, et plus particulièrement de la RDC ; les initiateurs du projet Transaqua n’hésitant pas à utiliser les scientifiques du monde aux fins de leurs causes (voir le livre sur le Nexus Climat-Eau-Migrations et Conflits dans le Bassin du Congo, sous presse, édité par Raphael Tshimanga, Michel Bisa et Bernard Lututala). 

Quarante ans après, où en est la RDC avec les réponses tangibles à la problématique du transfert d’eau du Bassin du Congo ? N’est-ce pas une HONTE NATIONALE que les scientifiques Congolais puissent à ce jour divaguer dans les HYPOTHESES INCOHERENTES ET LES DELIRES SCIENTIFIQUES, alors que l’Etat congolais ou mieux les pays du Bassin du Congo devraient avoir une stratégie mise en place pour répondre aux questions régionales de pénurie d’eau, qui du reste devrait être exacerbée par les conditions futures de changement climatique ? 

Où sont passés les TDRs de la commission mise en place en 2014 au Ministère de l’Environnement, commission multidisciplinaire sous la direction de l’estimé collègue, le Professeur Kasongo-Numbi, constituée des experts des Ministères et de scientifiques ? Où est passé ce travail remarquablement fait par les experts congolais et défendu devant les représentants du Gouvernement dans la salle des réunions du Ministère des Affaires Etrangères en 2014 ? Pourquoi l’Etat Congolais n’a-t-il pas financé les études tel que proposé dans ce travail ?

Qu’a-t-on fait de différents avis des Experts congolais émis au CES en séances académiques lors de ses différentes sessions de 2018, 2019 et 2020 ? 

Quelle suite a été réservée aux conclusions tirées à l’issue des expéditions scientifiques conduites par le CRREBaC sur les principaux biefs du fleuve Congo en 2017, 2018, et 2019 et transmises à la Primature ainsi qu’à d’autres institutions spécialisées ? 

Non, Non, arrêtons cette distraction honteuse et disqualifiante de revenir aux préoccupations qui sont révolues. Lorsque l’Etat Congolais demeure bien dans sa léthargie légendaire face aux questions essentielles de sécurité et de développement, lorsque les Scientifiques congolais sont notoirement méprisés et ne bénéficient d’aucun appui à la recherche hydrologique de la part de l’Etat congolais pour promouvoir la gestion durable du Bassin du Congo et améliorer l’accès aux services de l’eau pour le bien être socio-économique, notez : il y a des experts du monde qui y travaillent. Ceux-là qui ont compris que la perturbation du système hydrologique du Bassin du Congo engendrerait des déséquilibres avec des conséquences à l’échelle globale. Ceci est soutenu dans l’ouvrage intitulé « Hydrologie, Climat et Biogéochimie du Bassin du Congo : Fondation pour le Futur »sous presse dans American Geophysical Union -AGU Wiley, Edité par Doug Alsdorf, Raphael Tshimanga et Guy Moukandi, dont les congolais tels que Professeurs Raymond Lumbuenamo et Jean Marie Kileshye ont contribué à orienter la vision pour le futur. Cet ouvrage bénéficie de la contribution de 106 auteurs/co-auteurs, dont 40 de l’Afrique, 40 de l’Europe, et 26 des Etats Unis, Brésil, Australie. 

De tous ces travaux de très haute facture scientifique (un exploit inédit pour le Bassin du Congo), un consensus s’est dégagé sur les conséquences d’un transfert direct interbassin ; le Bassin du Congo représentant un des poumons de l’humanité, la démarche est de le préserver et non le détruire. Ces travaux donnent des réponses aux hypothèses de changement climatique, tourbière, cuvette centrale, la source de l’eau de la cuvette centrale et la façon dont cette eau quitte la zone humide, l’écoulement généré par les pluies historiques, le lien entre le changement climatique et la relation pluie-débit générée par la « ceinture de pluie tropicale », la déforestation et la production d’énergie hydroélectrique, ainsi que la quantité de carbone émise par les eaux du Congo. Ces travaux illustrent aussi un éventail des problèmes liés aux ressources en eau qui touchent pratiquement la région du Bassin du Congo et pour lesquels des Solutions Scientifiques Efficaces doivent être trouvées.

J’estime donc que les Scientifiques congolais devraient sortir de la distraction du siècle, du binaire « Transférer vs Ne Pas Transférer » – mais plutôt se focaliser sur « La stratégie de gestion durable du Bassin du Congo ». Cette stratégie devrait nous aider à éradiquer le PARADOXE CONGOLAIS DE LA GESTION DE L’EAU.

L’Etat congolais serait-il le meneur de la guerre de l’eau à sa propre population ?

Notez : 

  • Avec un potentiel hydroélectrique de près de 100.000 MW, la région du Bassin du Congo est la plus sombre de la planète, nous demeurons sans électricité et n’avons presque pas d’industries de transformation au regard des ressources naturelles renouvelables et non-renouvelles dont nous sommes dotées ;

  • Avec près de 20.000 km de voies navigables, la navigation sécurisée n’est pas garantie et on enregistre plus de 2.000 cas de décès chaque année ;

  • Avec un énorme potentiel en aquaculture et irrigation, la malnutrition est notre refrain quotidien, nous continuons à importer la nourriture et ne sommes pas à mesure de contribuer à la réalisation des ODD en ce qui concerne la sécurité alimentaire ;

  • Avec un volume annuel de plus de 1.300 milliards de m3 d’eau douce déversée dans l’océan, l’accès aux services d’eau potable et d’assainissement est un désastre ; et nous continuons à importer l’eau « Eau virtuelle » ;

  • Avec son positionnement en tant que deuxième bassin fluvial du monde après celui de l’Amazone, le Bassin du Congo demeure le moins étudié du monde …

Voilà la vraie guerre de l’eau en RDC. Elle ne vient pas d’ailleurs, elle vient de nous même ! Alors arrêtons cette distraction du siècle qui détourne l’attention des dirigeants congolais de leur propre responsabilité sur l’insécurité de l’eau en RDC. 

Nos populations attendent des réponses immédiates aux questions réelles de gestion des ressources en eau. Ce sont des questions pour lesquelles nous sollicitions l’attention des scientifiques, et du Gouvernement congolais à soutenir les travaux de la recherche hydrologique et l’investissement. Nous les considérons prioritaires à la distraction actuelle « Transférons, Ne Transférons Pas ».

Notez : si les autres cherchent nos eaux, ce n’est pas seulement parce qu’ils en manquent, mais c’est aussi parce que nous n’en faisons rien, alors rien. 

De multiples interventions populistes qui surgissent dans des médias, nous nous posons la question de savoir si les gens ont la compréhension des principes de la gestion des ressources en eau. 

De surcroit, ces interventions sont faites en l’absence totale de toute étude digne de son nom sur le Bassin du Congo (prophétie ou songe ?). Où sont les données que vous avez utilisées ? Quels sont les outils scientifiques et d’aide à la prise de décision que vous avez développés ? Quelles sont les nouvelles connaissances que vous avez générées ?  Quels sont les indicateurs ou les équivalences des valeurs de seuil proposées en volume quotidien et saisonnier de prélèvements ? Voilà autant de questions auxquelles vous n’êtes pas capables de répondre à ce jour ! Les gens s’évertuent même à proposer des sites de captage ; qui a fait des études bathymétriques, hydrométriques, sédimentologiques, géotechniques, hydrobiologiques de ces sites ? Incertitudes sur incertitudes ! Une science sans conscience qui induit les décideurs en erreur. Notez : nous ne sommes pas dans un royaume des aveugles où les borgnes doivent régner en maitres. La RDC a ses dignes fils et filles qualifiés, et capables d’apporter des solutions, et ce dans un cadre approprié. 

Ah oui, on comprend !  Le manque critique de structures de formation des filières de l’eau en RDC et dans le Bassin du Congo cautionnerait cette posture où TOUT LE MONDE EST DEVENU SPECIALISTE EN GENERALITES.

A nos chers lecteurs, c’est absolument absurde et voir même criminel de décharger près de 41.000 m3/s dans l’océan, alors que les besoins à satisfaire sont légions.  Nous mettons tout expert hydrologue du monde digne de son nom à défis ! Nous n’avons pas besoin de faire ça en plein 21ème Siècle. C’est ici que les principes de gestion doivent agir. C’est ici le lieu de faire le tradeoff entre la conservation et l’optimisation des usages. Au fait, 41.000 m3/s n’est qu’un module de la moyenne annuelle pondérée, la variation saisonnière étant caractérisée par des amplitudes de plus de 70.000 m3/s en période de crue et de moins de 30.000 m3/s en période d’étiage. Les lecteurs de la sainte bible se souviennent de cette recommandation « la nature ne vous enseigne-t-elle pas ? ». Le plus simple ici serait que faute d’études approfondies, comment observons-nous les impacts qui surviennent sur les écosystèmes d’eau douce ou marins lors de ces étiages ? Pour ceci, on n’a pas besoin d’avoir un diplôme de doctorat en hydrologie pour émettre son avis. Et on verra vite que c’est du gaspillage pure et simple de laisser se déverser plus de 70.000 m3/s dans l’océan, alors que les besoins énormes en services des ressources en eau restent à satisfaire, et que les prélèvements de la RDC n’atteignent même pas 5% du volume total d’eau disponible.   

Notez : Le débit du Fleuve Nil à l’exutoire est de 2.890 m3/s,  15 fois moins que le volume d’eau du fleuve du Congo à l’embouchure. Ayant fait des études post-universitaires en hydraulique des rivières en Egypte, je confirme que les services de l’eau y sont développés en incomparable mesure par rapport à la RDC. Plusieurs canaux sont utilisés pour dévier l’eau du fleuve Nil aux fins de multiples usages dans les zones désertiques (irrigation, hydroélectricité, eau potable et assainissement, transport, industrie, …), l’eau y est utilisée pour le développement. 

SVP, Arrêter d’induire les décideurs en erreur sur le principe de conservation qui n’a pas son sens dans ce contexte. Même le Grand Inga n’a pas besoin d’un débit turbiné de 41.000 m3/s. C’est ici le lieu de déterminer les débits de réserve pour chaque site d’exploitation.  Notez : mon mémoire de Master au Département de Water Ressources Engineering, Polytechnique d’Université de Dar es Salam a porté sur le débit de réserve du barrage de Kihansi, et a été mis à profit par le gouvernement Tanzanien pour la politique de gestion des ressources en eau.

Comment se présente le cadre institutionnel actuel de la gestion des ressources en eau du Bassin du Congo, ou de la RDC ? Un cadre de prédation qu’il faut déboulonner ! 

Pendant les deux dernières décennies, les bailleurs de fonds ont déversé des millions d’euros dans les organisations du bassin du Congo, quel en est le résultat à ce jour ? 

Au regard de sa part de drainage du Bassin du Congo, 2/3 de la superficie totale, il est plus que temps que la RDC initie un cadre de gestion des eaux transfrontalières où elle jouera un rôle de premier plan. Pour le moment, la RDC n’est pas seulement sous représentée, mais aussi ne tire aucun profit des investissements dans toutes ces organisations régionales ou sous régionales de gestion de l’eau du Bassin du Congo. 

Nous disons que l’eau est un élément de coopération, qui doit être soutenue par un cadre institutionnel approprié où les parties prenantes entretiennent un dialogue constructif. 

Guerre de l’eau ? oui, mais guerre de l’eau par manque d’outils de gestion ; guerre de l’eau par manque d’un cadre de coopération et de collaboration des parties prenantes ; guerre de l’eau par l’ignorance qui frise tout principe de gestion des eaux transfrontalières et de gouvernance de l’eau..

En plus de la production scientifique condensée dans les ouvrages précités, et autres dizaines des publications parues dans les revues internationales à facteur d’impacts (https://www.crrebac.org/professeur-raphael-tshimanga),

CRREBAC VOUS OFFRE DES BASES DES DONNEES ACCESSIBLES AU PUBLIC ET DES OUTILS D’AIDE A LA PRISE DE DECISION. 

  • Outil CB-CIS (Congo Basin Catchment Information System) : un outil de planification et de gestion intégrée des ressources en eau du Bassin du Congo qui sectorise l’ensemble du bassin en 1740 sous-unités de gestion sur la base de sept thématiques, dont l’identification, le climat, les caractéristiques physiographiques, l’hydrologie, les risques d’inondation, les usages de l’eau et la qualité de l’eau. Cet outil nous permet d’évaluer les potentialités, orienter les investissements dans le secteur de l’eau, procéder à des analyses sur des régions selon leurs potentialités et aussi leur sensibilité aux perturbations naturelles et anthropiques (gage des pratiques rationnelles de conservation et gestion des ressources en eau). Cet outil bien accueilli dans les milieux scientifiques et professionnels internationaux, traine à être utilisé en RDC, voir la lettre d’information du VPM Ministre du Plan au Premier Ministre.

  • Model hydraulique 2D : développé pour 400 km sur le bief moyen du fleuve Congo, et dont le développement actuel s’étend sur 1700 km entre Kisangani et Kinshasa. 

  • Model hydrologique développé pour l’ensemble du bassin du Congo. 

  • Multiples enregistreurs automatiques de niveau d’eau installés sur les biefs principaux du fleuve Congo et de la rivière Kasaï.

CRREBaC SOUTIENT FERMEMENT QUE LA QUESTION DE TRANSFERT D’EAU SOIT ABORDEE DANS UNE STRATEGIE GLOBALE DE GESTION DURABLE DES RESSOURCES EN EAU, QUI FAIT CRUELLEMENT DEFAUT A CE JOUR.

CRREBaC SUGGERE LA MISE EN PLACE URGENTE DU GROUPE D’EXPERTS INTER-INSTITUTIONNEL ET MULTIDISCIPLINAIRE SUR LES QUESTIONS DE LA GESTION DURABLE DES EAUX DU BASSIN DU CONGO, ayant pour mission d'évaluer de façon méthodique et objective les informations d'ordre scientifique, technique, socio-économique et culturel, en vue d’orienter les politiques nationales et régionales de la sécurité de l’eau dans le Bassin du Congo.

La question de gestion du Bassin du Congo doit continuer à nous préoccuper au plus haut point. 

Merci à Tous de nous focaliser sur ce qui fait avancer notre nation.

Prof. Raphael Tshimanga Muamba 

Directeur CRREBaC, Expert Hydrologue du Bassin du Congo 

Fellow, UK Royal Society& African Academy of Sciences 

Inaugural Member, Pan-African Scientific Research Council 


Liens utiles

1 Les défis stratégiques de gestion des ressources en eau du Bassin du Congo https://www.crrebac.org/blog/professeur-raphael-tshimanga-phd-hydrologie-2/post/les-defis-strategiques-de-gestion-des-ressources-en-eau-du-bassin-du-congo-1 

2 Hydrologie et les ressources en eau du bassin du Congo par le Dr Raphaël Tshimanga AGU (Extrait) https://www.youtube.com/watch?v=7sktviJ47_s 

3 Atelier lancement projet de recherche sur les interactions Climat - Eau - Migration – Conflits dans le bassin du Congo : https://www.youtube.com/watch?v=3MqAuusBbg0 

4 Gestion des ressources en eau du bassin Congo : Séance académique par le Pro. Raphaël Tshimanga https://www.youtube.com/watch?v=F8D21cYL7rk 

5 Projet CEMiC

Climat - Eau - Migration – Conflit dans le bassin du Congo https://www.crrebac.org/projet-climat-eau-migration-conflit 

6 Site web du CRREBaC www.crrebac.org 




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Congo Basin Catchment Information System

CB-CIS

Outil de Gestion Intégrée des Ressources en Eau du Bassin du Congo

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Gestion des ressources en eau du bassin Congo
Séance académique animé par le Pro. Raphaël Tshimanga au Conseil Economique et Social de la RDC - 20 Octobre 2020