Dans un article de l’Académie Congolaise des Sciences (ACCOS) paru dans la Revue Congolaise des Sciences et Technologies (RCST), quatre éminents scientifiques et chercheurs - Raphael Muamba Tshimanga, Kalulu Taba, Pius Tshimankinda Mpiana et Jean-Jacques Muyembe Tanfum - soulignent l’urgence absolue de doter la République Démocratique du Congo d’une Politique Nationale de Gestion et de Sécurisation des Données Environnementales (PNGSDE).
Une dépendance scientifique à corriger
Pour ces scientifiques de l’ACCOS, aujourd’hui, une proportion significative des données collectées sur le territoire national est produite dans le cadre de projets internationaux. Malheureusement, ces initiatives manquent souvent de mécanismes contraignants garantissant d’abord le dépôt systématique des données dans des bases nationales ;ensuite l’accessibilité de ces informations aux institutions congolaises et enfin leur valorisation scientifique et locale.
Trop souvent cantonnés à de simples activités de terrain, les chercheurs nationaux voient l’analyse scientifique, la publication académique et la valorisation économique s’opérer à l’étranger. Cette dynamique entretient une dépendance persistante, fragilise la souveraineté nationale sur des informations stratégiques et porte les empreintes d’un néo-colonialisme scientifique. Sans réformes structurelles, la RDC risque de demeurer un simple fournisseur de données brutes et de matières premières, sans réelle maîtrise de la chaîne de valeur de la connaissance environnementale.
Diagnostic national : un paradoxe entre richesse et vulnérabilité
Le pays présente d’importantes asymétries dans la gestion de son capital naturel. Malgré d'immenses ressources (eau, forêts, biodiversité, carbone et minerais stratégiques indispensables à la transition énergétique tels que le cobalt, le cuivre, le coltan, le lithium et le tantale), la RDC souffre de trois faiblesses majeures.
Premièrement, un patrimoine naturel exceptionnel nécessitant un système d’information ultra-performant. Deuxièmement, une dégradation progressive des infrastructures nationales d’observation. Troisièmement enfin, une gouvernance fragmentée des données environnementales entre de multiples institutions et projets.
Cette situation réduit la capacité du pays à planifier ses investissements, à négocier efficacement dans les arènes internationales (climat, biodiversité, transition énergétique) et à tirer pleinement profit de son potentiel.
Vers une vision stratégique et souveraine
La mise en place de la PNGSDE dépasse la simple modernisation technique : c’est une réforme structurante pour la souveraineté nationale et la sécurité environnementale. Elle vise à faire de la donnée un bien public stratégique. Cet édifice trouve un précurseur solide dans le Congo Basin Catchment Information System (CB-CIS).
Développé sous le leadership scientifique du Centre de Recherche en Ressources en Eau du Bassin du Congo (CRREBaC) de l’Université de Kinshasa, le CB-CIS s’impose déjà comme l’une des plateformes numériques les plus avancées pour la gestion intégrée des données environnementales dans le bassin du Congo.
Conclusion et recommandations
Pour transformer ce potentiel en un véritable levier de prospérité, les auteurs font quatre (4) recommandations pertinentes au Gouvernement congolais. Il s'agit d’élaborer et d’adopter officiellement la PNGSDE comme cadre de référence national; d’instaurer un cadre juridique et institutionnel clair définissant les responsabilités, les normes de partage et la protection des données; de développer le Système National Intégré de Gestion des Données Environnementales (SNIGDE) comme infrastructure numérique de pointe, et de réhabiliter et moderniser les réseaux d’observation hydrologique, climatique, météorologique et écologique.
La gouvernance des données est un investissement incontournable pour assurer la résilience climatique, la prospérité économique et le leadership scientifique de la RDC.
Pour en savoir plus sur cet article de l’ACCOS, vous pouvez consulter la publication originale en suivant ce lien : https://csnrdc.net/numeroactuel-3/
Par ailleurs, les auteurs de cet article remercient l’Assemblée générale de l’ACCOS pour les échanges, débats et délibérations ayant permis d’examiner et de valider l’opportunité et la pertinence de l’élaboration du présent Policy Brief.
Science au service du développement : l’urgence de la mise en place d’une Politique Nationale de Gestion et de Sécurisation des Données Environnementales (PNGSDE) en République Démocratique du Congo